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 "tonton est fondu dans la mer"
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catégorie : tranche de vie
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Faire son deuil.

La disparition d'un être cher est un événement difficile à 'vivre', bouleversant.

On a l'impression qu'on ne pourra jamais surmonter sa peine Il est nécessaire de passer par un douloureux travail personnel, le "travail de deuil" destiné à faire accepter la disparition, à marquer dans le temps comme un 'avant' et 'un après'.

Il y a beaucoup de choses qui s'écrivent au tour de cette expression 'faire son deuil' une expression que j'ai du mal à saisir, abondamment utilisée depuis quelques temps, dans l'air du temps (très mauvais de jeu de mots, involontaire)

Dans ma jeunesse, en France, les femmes en noir des pieds à la tête étaient des femmes en deuil.
Le noir c'était le deuil, la marque de la perte d'un être cher. Un an habillées en noir, puis après, du violet.
Pour les hommes, c'était plus discret, un simple crêpe au revers de leur veston.... comme pour marquer une différence dans la sensibilité au deuil.

Ces signes extérieurs permettait de 'vivre le deuil' et de transmettre des signaux à l'entourage sur les étapes dans le déroulement du processus.

Le travail de deuil se mettait discrètement en œuvre avec une série de phases ayant comme point de référence, selon les rites, les coutumes, les croyances, les volontés, assez souvent, une cérémonie d'obsèques.

Au départ, un corps à veiller puis à enterrer dans un endroit. Bout de terre dans un cimetière pour aller se 'recueillir', en dessous, le mort.

Et l'endeuillé pouvait alors entrer dans cette phase d'acceptation difficile et exigeante de la réalité puis le travail de deuil faire son boulot.


Mais voilà le problème : il faut un cadavre, un mort, pour faire le travail de deuil.
Il faut du concret, c'est ainsi : pas de cadavre, pas de travail de deuil possible.

Le 'mort' est encore dans les esprits, simplement absent, disparu, plus là.. mais pas tout à fait mort. Mort virtuel seulement.


Il en sera peut être ainsi pour les proches des personnes disparues dans l'accident aérien Rio de Janeiro-Paris.

Et c'est ici que je voudrais vous rapporter ce mot d'enfant, proche de personnes amies, dans la difficulté pour commencer leur travail de deuil après une disparition en mer....

« Alors, on ne reverra plus Tonton.... il est fondu dans la mer... il est 'en-méré'

Enterré ? Mais oui, on peut être aussi enméré.

Mes amis on alors réalisé.. et le travail de deuil a démarré.




Byo,
de là où je suis



Il y a des trucs édifiants dans le code civil sur la constatation de la mort.

« Il est impossible de rédiger l’acte de décès lorsque le cadavre n’a pas pu être retrouvé. Toutefois lorsque l’on est sans nouvelle d’une personne qui s’est trouvée exposée à un péril d’une violence telle qu’il est permis de conclure à son décès, l’intéressé est réputé disparu. En ce cas, la déclaration judiciaire de sa disparition est assimilée à son décès. Tout autre est la situation juridique de l’absent, personne dont nul ne sait si elle est encore vivante ou déjà décédée. »

http://www.jac.cerdacc.uha.fr/internet/recherche/Jcerdacc.nsf/98c4b9fc2ed5792ec1
256d640028f9d2/58b1389f85fc0306c1256f860033284d?OpenDocument
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Voici les 37 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
 04/06/09 à 11h15
...on constate que le disparu (au propre, comme au figuré) est vivant en nous, dans notre coeur autant que dans nos souvenirs. On peut à nouveau regarder des photos de lui sans fondre en larme. Le deuil alors est "fait", la vie peut à nouveau reprendre son "travail" de création...
 04/06/09 à 10h12
marinette156
au travers de leurs mots, tout paraît si simple !
 03/06/09 à 22h55
calixte 78
D'acc. avec toi !

Moi je pense quasiment tous les jours à ceux que j'ai aimé et qui sont partis...
Mon "travail de deuil", il est là, dans ce souvenir...

Ils sont dans mon coeur pour toujours mes chers disparus...jusqu'au jour où moi-même je disparaîtrais...
 03/06/09 à 22h46
L'être que nous avons aimé reste dans nos mémoires
Et je ne veux pas en faire le deuil
Je peux seulement faire le deuil des à-venir que nous aurions pu vivre ensemble
Tout ce que j'ai vécu avec reste au creux de moi et vivra en moi
Toujours
 03/06/09 à 22h31
Leonie_5
Le mot: travail, en vieil anglais( prononcer: 'treveile'), faisait référence au difficile, long et douloureux 'travail' de la femme qui accouchait. Peut_être donc, ce terme ' travail de deuil' a-t-il été repris volontairement en écho à celui de 'travail 'en vieil anglais.
Peu importe les mots, les termes, est-il possible de faire le deuil d'un être cher ? Cette épreuve de deuil, de perte, d'absence est une douleur de tous les instants pour celui qui reste et certainement décuplée, quand , en plus , le corps n'est pas rendu aux siens.
faisons ne sont pas toujours imposés mais peuvent être les nôtres...

très riche ..très solidaire des pertes des unes et autres..et le 'savoir dire' à l'enfant... merci donc à vous tous ici bas...et que ceux d' en haut reposent
sur notre bienveillance à tous à leur sujet...avec un peu de 'magique' bien sûr Nutopia..Il se trouve qu' aujourd' hui une amie accompagne son père en sa dernière demeure.....des étoiles et des bisous à vous
 03/06/09 à 20h59
mitou93
le sens , sont toujours libres . Hors de moi la pensée d'imposer des formes ou des contenus . Simplement une réflexion sur ce qu'il advient aujourdhui du "corps social" , de la "chaîne humaine" et des maillons qui la quittent ou la rejoignent . Au passage : les rituels autour de la naissance sont tout aussi manquants ...
 03/06/09 à 20h29
A Missing Parameter
Pas du tout d'accord avec la nécessité du rituel. Il peut exister autant de manières de vivre un deuil qu'il existe d'endeuillés. A chacun ses croyances, ses certitudes sur la vie et la mort, sa personnalité, etc. Cela peut se limiter au simple besoin de parler à des amis proches, comme d'autres peuvent avoir besoin de le vivre sans l'extérioriser.
 03/06/09 à 19h20
morgane17
qu'est-ce que ça veut dire ?
 03/06/09 à 18h55
Red Cloud
drole d'esquive
c'est des dingues, non!

on peut bien se cacher la dessous!
terme galvaudé qui ne devrait concerner que les morts, mais qui est utilisé pour tout à la place de "travail de renoncement" par ex dans le cas des ruptures amoureuses/amicales/professionnelles..........

 03/06/09 à 18h25
"fondu dans la mer, enméré".. Et bien je ne sais plus qui m'avait raconté lorsque la grand-mère d'une petite de 4 ou 5 ans est décédée, alors qu'on allait l'enterrer, a dit "Pourquoi tu dis que mémé va au ciel alors qu'elle va dans la terre ?"...
Merci Byo
 03/06/09 à 18h24
sophie _ malkovich
complètement d'accord
 03/06/09 à 18h22
mitou93
peuvent être une quête de sens . On trouve les rites funéraires très en amont dans la préhistoire et ils sont à la fois dissemblables et universels . Ces pratiques sont aujourdhui refoulées : difficile pour une société productiviste de comprendre le deuil autrement que comme un vide . On n'a pas toujours le droit de s'émouvoir si ce n'est en cachette , les signes extérieurs disparaissent , les condoléances sont supprimées et si certains les maintiennent elles peuvent être jugées "déplacées" , morbides . L'élimination des rituels conduit à augmenter les deuils compliqués et pathologiques , vécus dans l'isolement et l'absence de symbolisation . Or , les rituels , outre leur fonction sociale de maintenir la cohésion sociale , ont un rôle psychologique essentiel . Même si le corps est absent , il y a symbolisation du disparu , inscription de son être dans la longue chaîne qui nous relie , écriture de son chemin qui nous permet une forme de "dépassement" . Le rituel nous dit : passagers nous sommes , nous allons trépasser , outrepasser ...L'endeuillé a besoin d'un support physique : les bras des "autres" encore vivants , leur mots , même impuissants mais qui l'enlacent . Aborder sans préjugés cette notion de deuil permettrait de reconstruire des rituels , autoriserait la souffrance à se sublimer , renforcerait la solidarité .
 03/06/09 à 18h17
A Missing Parameter
... les rituels et autres mises en scènes sont une pression sur les endeuillés pour leur imposer une manière de vivre la mort d'un proche.
Personnellement je serais agacé par ces messes, ce tapage médiatique et autres brassards noirs. Il n'est pas demandé l'avis aux intéressés.
 03/06/09 à 17h57
Red Cloud
 03/06/09 à 17h56
Red Cloud
Il y a même des cons qui vous somment de faire le " nécessaire" travail de deuil !
Hop, une petite psychologique et tout rentre dans l'ordre...
pour autrui ?? qui plus est : faut-il en terminer avec un deuil ?Maintenant je sais
que la vie est faite de strates temporelles mais non étanches .Je n'ai personnellement jamais eu envie de clore quelque chose d'heureux interrompu
malgré nous. Survivre puis de vivre avec (un jardin) sans en faire partage avec les gens qui sont entrés postérieurement dans ma sphère privée.Après tout c'est une partie de moi qui continue et qui m'a nourrit.
Après chacun se débrouille avec ce qu'il vit, , et ce qu'il EST face à la perte...Le degré d'affectivité vis à vis de celui qui est parti et les circonstances.....L'intime n'est pas le social donc le temps de deuil n'est pas souvent identique selon le versant considéré pour celui qui reste. Je remarque pour ma part (je ne généralise pas) ne pas avoir pu assumer l'enterrement de celui que j'aimais
faute d'être prévenue a été souffrance supplémentaire à gérer.
d' air France !.....merci Byo

Après les étapes...le deuil...enterré...enmerré (donc)...incinéré...culture des uns des autres..
tant qu' il y a souffrance et tant qu' il y en aura.. laissons là s' exprimer même par le plus humble des silences ....il a même des cons qui se permettent de vous annoncez que vous avez fait votre deuil..
 03/06/09 à 17h12
Comme quoi, nos réactions nous sont propres. C'est tellement intime et nous renvoit à tellement d'autres choses...
Et ne regarde jamais les photos .
Mes morts sont ailleurs....
Quel que soit le moyen trouvé pour affronter ça, la solitude ou son contraire, on bricole comme on le peut avec la perte d'un être cher .
Le port de vêtements sombres était loin d'être une idée stupide, il permettait de faire reconnaître aux étrangers de ce deuil la fragilité de la personne en noir. Il annonçait aux autres une vulnérabilité temporaire qui était en général respectée .
Se donner une limite dans le temps, c'est un truc social, c'est pour le confort de l'entourage . En réalité, il n'y a aucune limite . Mon deuil le plus douloureux est celui d'une jeune amie, morte d'un cancer des os à l'âge de 28 ans en 98 .
Je l'ai, selon la formule consacrée, " accompagnée " à la mort, bien que j'eusse préféré l'accompagner à la vie . Tout, absolument tout le protocole a été scupuleusement respecté, enterrement à l'ancienne, milliards de fleurs...
C'est pourtant elle qui a demandé grâce après une mutilation de trop, un martyre de trop.
J'ai désiré cette fin avec elle .
Et c'est elle qui revient me visiter la nuit....
 03/06/09 à 16h36
auborddufleuve
mais ceux qui survivent et qui souffrent.
 03/06/09 à 16h33
auborddufleuve
 03/06/09 à 16h21
J'espère ne pas te paraître trop dure mais je ne suis pas vraiment touchée par le fait que des gens soient oubliés.
A vrai dire (et étant donné mes convictions sur la vie, la mort, l'âme tussa tussa) seuls les vivants m'intéressent et la façon dont eux vivent la perte.
Pour moi les morts, sont juste...morts et donc ne ressentent plus rien.

Si on prend l'exemple des prétendants à l'immigration qui se noient chaque jour en Méditerranée, ma colère ne vient du fait que les familles de victimes ne soient pas prises en compte mais que ces morts ne donnent pas idée à nos gouvernants de faciliter la venue sur nos territoires pour arrêter ce carnage.
 03/06/09 à 16h16
Ceci dit je pense que Bouteyalo touche à quelque chose d'important lorsqu'il parle du deuil, quelque part, mis en scène par le port de vêtements noirs ou peu importe.
Je crois que formaliser le deuil permet aussi de se donner une limite dans le temps (j'ai un peu de mal à trouver mes mots, dis moi si c'est pas clair) et de prendre conscience de la perte, de la regarder. Puis de passer à autre chose.
Ce genre de cérémonies existe d'ailleurs dans d'autres cultures et sous d'autres formes.
A titre d'expérience personnel, j'ai plus de mal à supporter les deuils que je n'ai pas réellement vécus car étant trop jeune, trop loin, ou trop peu informée pour me joindre au cortège des pleureuses (je crois que le fait de partager le deuil est important aussi).
Parce que ceux là sont simplement absents et que si j'ai renoncé à les attendre (chuis réaliste quand même), ils laissent un vide que je peine à concevoir, et donc à verbaliser.
 03/06/09 à 15h56
Red Cloud
"faire un deuil" est atteindre la période, plus ou moins longue, où l'absence devient tolérable.
En effet Ceylan, ceux dont personne ne se souvient sont plus morts que les autres....
 03/06/09 à 15h54
Red Cloud
Mon père est mort quand j'avais 16 ans, laissant sa famille dans un dénuement total .
Il a fallu affronter alors d'immenses difficultés matérielles, " gérer" les études pour les enfants, trouver un boulot minable pour ma mère, mettre les bouchées doubles . Pas le temps de laisser du temps au chagrin. Qui pourtant était bien là, en dormance, et ne dormait que d'un oeil.
J'ai l'impression de n'avoir jamais réellement bien fait ce soi-disant "travail" de deuil....
Dix ans plus tard, ce fut au tour de ma mère .
Mais là, la situation matérielle de la famille s'était quelque peu améliorée, j'avais un travail, et sa vie à elle fut relativement plus confortable que dans le passé .
Résultat, le deuil est fait depuis longtemps.
Cette idée de corps absolument necessaire est une vue d'occidental aisé.
mais il y a des gens pour qui l'oubli se fait malheureusement très (trop ?) vite en fonction de la vie qu'ils ont mené, et de l'empreinte qu'ils auront laissé au sein de leur entourage.
Ce que l'on nomme le "travail de deuil" est effectivement complètement différemment selon les personnes "perdues", selon les circonstances, les moments de sa vie également. Et puis, je pense (moi aussi, j'en ai dans le dos) pour l'avoir vécu, que certaines personnes continuent à vivre dans leur évocation parfois au quotidien, sans que cela soit malsain. La vraie mort, c'est lorsque personne ne se souvient de vous
Avec ou sans cadavre " visible", le deuil est une épreuve que les personnes ne vivent pas toutes de la même manière .
Certains deuils avec cérémonie, cerceuil, inhumation et tout le protocole ne se font pas, d'autres à l'inverse sont vite pliés .
Tous les jours, des centaines d'immigrants " s'abîment" en mer, dans des bateaux infâmes ou dans les soutes de zincs qui ne sont pas pour eux :qui pense à leurs enfants, à leurs familles ?
La seule façon de faire un deuil, et j'en ai suffisamment dans le dos pour savoir de quoi je parle, c'est
1- que le disparu ait eu une bonne vie
2- que ses survivants en aient une bonne aussi .
Et c'est dur, mais ça me semble un deuil tout de même plus aisé, parce que même si on ne voit pas (le corps), on sait.
Hiérarchiser les douleurs c'est toujours un peu con, je sais, mais la question de l'absence me touche particulièrement.
L'absence, c'est le cauchemar des optimistes.
 03/06/09 à 15h21
Et donc d'une certaine façon, c'est le conjoint restant qui doit abandonner l'absent, avec l'énorme culpabilité que ça suppose.
Et puis, s'il revenait ?
Il y a l'espoir aussi.
Les témoignages de personnes dans ce cas sont insoutenables et à titre personnel, je ne sais absolument pas comment je dépasserai ça.
 03/06/09 à 15h10
Concernant la disparition, je pense qu'elle est beaucoup plus difficile à supporter que l'absence (au sens du code civil, mais ça tu t'en doutes ).

Dans le premier cas, celui du crash par exemple, le fait qu'on connaisse les conséquences d'un tel accident, que le décès soit prononcé, permet de "donner corps" au décès (sans volonté de faire un jeu de mots).

Je n'imagine pas grand chose de pire que la situation d'un conjoint d'absent. Il a pu lui arriver n'importe quoi, le "restant" est bouffé d'angoisse et la seule façon de faire son deuil passe par une demande de divorce pour abandon.
Par une sorte de trahison, donc.
Mais c'est une solution juridique qui se défend, étant donné le nombre de personnes qui choisissent de "s'absenter".
Encore un truc que le droit gère comme il peut, en choisissant la moins mauvaise solution.