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La bête de noël
 La bête de noël
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catégorie : tranche de vie
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Chez nous, le Père Noël c’était le père ! Pas de rennes, pas de traineau, pas de hotte, pas d’atelier grouillant de lutins ! Juste une cave humide aux voutes de briques dans laquelle à partir de novembre tous les outils à bois de la planète se donnaient rendez-vous.
Toutes les nuits çà rabotait, ça sciait, çà perçait… avec un point d’orgue qui, du fond de leurs lits faisait frémir tous mes frères et sœurs ; Les rugissements de la scie à bois.
La bête hystérique faisait résonner les fondations de tout notre quartier. Nous mourrions tous de trouille que le père se fasse engloutir par la machine infernale ! En ce temps là, il y avait tellement de menuisiers et de charpentiers, dont les mains ressemblaient aux bouches édentées de nos grands-parents. Et pourtant ils étaient tous forts et grands comme des arbres, et notre père, lui était tout petit !
Nous vivions donc plusieurs semaines en respirant l’haleine électrique de cette Alien aux dents d’acier. De temps en temps, notre père parvenait à la mater. Elle se mettait alors à infecter toute la maison de l’acre fumée de ses bobinages surchauffés.
Pour noyer le poisson, lorsque le vieux remontait du souterrain diabolique, il tenait toujours une étagère sous son bras. Probablement toujours la même. La poussière de bois lui faisait les cheveux et la barbe blanche bien avant l’heure et son sourire énigmatique, ne nous dupait pas ; La ville ne comptait pas assez de maisons pour toutes les étagères qu’il remontait du fond de sa cave !
Les jeudis, nous exorcisions nos peurs nocturnes en descendant marche après marche, l’escalier de briques humides qui menait à l’antre du monstre. Pendant la journée, elle dormait dans l’ombre, à coté du tas de charbon. L’ampoule électrique teintait sa carcasse inerte d’un rose apaisant. Nous nous assurions alors que son cordon ombilical était bien hors de portée du puits de bakelite dans lequel elle puisait sa folie et nous faisions la fête. Une farandole de lutins au milieu des copeaux.
Les immenses boucles dorées nous embaumaient d’effluves excitants. Nous étions aux anges ! Nous jouions dans les emballages de nos futurs jouets ! Enveloppe de pin, de peuplier, de hêtre. Une forêt de parfums délicieux où le miel des résines grisait déjà nos cerveaux de gosses. De temps en temps, l’un d’entre nous découvrait une découpe de bois, un lambeau de jouet et nous passions des heures à laisser nos imaginations vagabonder…

Quand je repense à cette époque, même si les heures que nous passions autour du sapin était délicieuses. Même si les jouets du père étaient fabuleux. Les moments les plus magiques de ces noëls d’Antan étaient de loin ceux qui nous réunissaient dans l’antre de la bête infernale…
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Voici les 8 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 27/12/08 à 20h38
et les sirénes pour chanter
L'important se trouve en dessous on dirait ?
 20/12/08 à 21h51
loustique_a_854
ceci dit, la trouille, euh... c'est chiant à gérer quand même...
les cabanes en carton, c'est bien aussi, et tu risques pas tes doigts...
 20/12/08 à 20h49
vous etes bien aussi dans ce registre.. votre nostalgie acidulée me plait bien !
me souvenir de l'atelier du vieux Gepeto et de sa petite marionnette en bois, Pinocchio, parmi tant d'autres posé sur les étagères mais qui deviendra un petit homme... le monde de l'imaginaire garde toujours sa magie et il suffit d'en parler pour que tout s'éclaire à nouveau...

http://www.youtube.com/watch?v=rs8xAIqY5kY
 20/12/08 à 19h33
la gazette
Votre description m'enchante et me ramène à des souvenirs de jeux d'enfants dans "le quartier"... La machine s'est tue, depuis peu.