L'observateur du douaisis pointscommuns.com la rencontre par affinités culturelles
Au stade, ils retrouvèrent Philou, leur copain qui a repris pour un Franc symbolique le Club, auquel il compte redonner son lustre d’antan. Et faire fortune.
Philou fût un joueur de football prometteur. Un attaquant malin, du type bréviligne, court en jambe et explosif. A dix huit ans, il jugea que le bleu de la nuit convenait mieux à son teint que le vert des terrains de foot ; à une hypothétique carrière professionnelle, il préféra les certitudes que la vie nocturne de Saint-Germain-des-Près offrait à ses yeux bleus, à ses cheveux bouclés et à son allure chaloupée d’ailier droit : « les joueurs de foot disent que marquer un but ça vaut un orgasme, mais des buts tu n’en mets pas au fond toutes les nuits! » gouaillait-il dans les bars de la « rue de la soif ».
Aujourd’hui, il a transposé sur le plan intellectuel et professionnel ses qualités sportives. Sa pensée rapide mais à courte vue s’accorde avec la communication où il a choisi de travailler, « un des rares métiers où l’on peut gagner du fric sans avoir fait d’études ni trop se fatiguer » ; son culot lui permet de réussir des coups fructueux ; sa dextérité à filouter, vite acquise sur les terrains, « sur un terrain de foot tu apprends vite à tricher, dés mon deuxième match avec la réserve de l’équipe pro, j’avais tout pigé, comment faire péter les plombs à un adversaire ou obtenir un vrai-faux penalty », l’aide à enjôler les clients ; son charme de voyou lui permet de rester ami avec ceux qu’il manipule ; la carapace de son ego démesuré le protège de toute mauvaise conscience mais le rend peu apte à l’introspection et à la remise en cause.
L’équipe joue mal. Comme d’habitude. Les supporters, qui croient à la sueur, reprochent aux joueurs de « ne pas mouiller le maillot » ; Frederik, qui croit en Dieu, critique leur manque de foi ; Jean, qui croit au talent, estime décourageante leur maladresse.
A la mi-temps, sifflée à 0/0, ils prennent un vin chaud et un sandwich à la buvette du stade. Et comme il fait vraiment froid, ils enchaînent sur un deuxième vin chaud :
- Que veux-tu, Fred, ils sont gauches, déclare Jean.
- Ah, tu ne peux me faire cette critique! Mais, toi non plus, tu n’es pas de gauche, tu le prétends, mais je sais que c’est faux, tu es trop bien élevé pour cela, s’exclame Frederik.
Sacré Fredinou, qui confond foi religieuse, conviction politique et bonne éducation. Il est vrai qu’il lit surtout les vies de saints et que s’il prétend admirer Bernanos, monarchiste et catholique, il avoue vite que ce dernier était trop exalté et avait poussé trop loin sa critique de Maurras ; « Ah, Maurras quand même, c’est quelque chose! » dit-il avec la conviction d’un communiste qui n’aurait jamais lu une ligne de Marx. Ou d’un Croisé inculte qui viendrait de reconquérir Jérusalem.
La discussion n’est pas très structurée. Et pourtant, soliloque Jean, ces moments d’humour potache et de discussions politiques plus ou moins alcoolisées font souvent croire que l’amitié pourrait constituer un espace préservé, comme un grand vestiaire entouré de terrains de jeux et prolongé d’un bar, d’où l’on sortirait le soir venu pour butiner les belles et ne rentrer qu’à l’aube. Hélas, les Mousquetaires se divisent et se combattent, l’amitié perd son match contre la vie et aucun ami ne remplace la femme perdue. C’est alors qu’à grand coups de libations et de frasques nocturnes, les copains resurgissent, permettant de survivre puis de retrouver l’allant et l’audace du conquérant. Une nouvelle histoire commencera et de nouveau nous délaisserons les camarades, en une idéale alternance de galanterie et d’amitié. Voilà la vie que je rêve.
A mon âge, cela pourrait sembler puéril, d’autant que cette vie rêvée je ne l’avais guère vécu. Mais depuis que, il y a sept ans déjà, Sophie m’avait quitté en même temps que me licenciait la dernière banque à m’avoir accueilli en tant qu’ex-jeune-cadre-prometteur, je vivais en suspens dans un état libre de contraintes matérielles. J’avais rejoint l’étudiant indépendant que j’eusse voulu être en mon temps, insoucieux de réussir à ses examens et de construire son avenir puisque doté d’une rente à vie (par ma dernière banque et notre régime de protection sociale). Mon immaturité se déployait sans entrave dans ce vide, et l’agrémentait de fantasmes naïfs, que les garçons de ma génération avaient depuis longtemps remisés. Et comme la chance et le sport voulaient que j’eusse conservé une silhouette dégingandé qui pouvait faire illusion, je recueillais enfin les bénéfices de n’avoir jamais su mûrir. Ouvrier de la onzième heure de la légèreté, j’espérais que le Dieu du libertinage serait aussi généreux que le maître de la vigne, et que je recevrais mes vingt talents de plaisirs.
Philou fût un joueur de football prometteur. Un attaquant malin, du type bréviligne, court en jambe et explosif. A dix huit ans, il jugea que le bleu de la nuit convenait mieux à son teint que le vert des terrains de foot ; à une hypothétique carrière professionnelle, il préféra les certitudes que la vie nocturne de Saint-Germain-des-Près offrait à ses yeux bleus, à ses cheveux bouclés et à son allure chaloupée d’ailier droit : « les joueurs de foot disent que marquer un but ça vaut un orgasme, mais des buts tu n’en mets pas au fond toutes les nuits! » gouaillait-il dans les bars de la « rue de la soif ».
Aujourd’hui, il a transposé sur le plan intellectuel et professionnel ses qualités sportives. Sa pensée rapide mais à courte vue s’accorde avec la communication où il a choisi de travailler, « un des rares métiers où l’on peut gagner du fric sans avoir fait d’études ni trop se fatiguer » ; son culot lui permet de réussir des coups fructueux ; sa dextérité à filouter, vite acquise sur les terrains, « sur un terrain de foot tu apprends vite à tricher, dés mon deuxième match avec la réserve de l’équipe pro, j’avais tout pigé, comment faire péter les plombs à un adversaire ou obtenir un vrai-faux penalty », l’aide à enjôler les clients ; son charme de voyou lui permet de rester ami avec ceux qu’il manipule ; la carapace de son ego démesuré le protège de toute mauvaise conscience mais le rend peu apte à l’introspection et à la remise en cause.
L’équipe joue mal. Comme d’habitude. Les supporters, qui croient à la sueur, reprochent aux joueurs de « ne pas mouiller le maillot » ; Frederik, qui croit en Dieu, critique leur manque de foi ; Jean, qui croit au talent, estime décourageante leur maladresse.
A la mi-temps, sifflée à 0/0, ils prennent un vin chaud et un sandwich à la buvette du stade. Et comme il fait vraiment froid, ils enchaînent sur un deuxième vin chaud :
- Que veux-tu, Fred, ils sont gauches, déclare Jean.
- Ah, tu ne peux me faire cette critique! Mais, toi non plus, tu n’es pas de gauche, tu le prétends, mais je sais que c’est faux, tu es trop bien élevé pour cela, s’exclame Frederik.
Sacré Fredinou, qui confond foi religieuse, conviction politique et bonne éducation. Il est vrai qu’il lit surtout les vies de saints et que s’il prétend admirer Bernanos, monarchiste et catholique, il avoue vite que ce dernier était trop exalté et avait poussé trop loin sa critique de Maurras ; « Ah, Maurras quand même, c’est quelque chose! » dit-il avec la conviction d’un communiste qui n’aurait jamais lu une ligne de Marx. Ou d’un Croisé inculte qui viendrait de reconquérir Jérusalem.
La discussion n’est pas très structurée. Et pourtant, soliloque Jean, ces moments d’humour potache et de discussions politiques plus ou moins alcoolisées font souvent croire que l’amitié pourrait constituer un espace préservé, comme un grand vestiaire entouré de terrains de jeux et prolongé d’un bar, d’où l’on sortirait le soir venu pour butiner les belles et ne rentrer qu’à l’aube. Hélas, les Mousquetaires se divisent et se combattent, l’amitié perd son match contre la vie et aucun ami ne remplace la femme perdue. C’est alors qu’à grand coups de libations et de frasques nocturnes, les copains resurgissent, permettant de survivre puis de retrouver l’allant et l’audace du conquérant. Une nouvelle histoire commencera et de nouveau nous délaisserons les camarades, en une idéale alternance de galanterie et d’amitié. Voilà la vie que je rêve.
A mon âge, cela pourrait sembler puéril, d’autant que cette vie rêvée je ne l’avais guère vécu. Mais depuis que, il y a sept ans déjà, Sophie m’avait quitté en même temps que me licenciait la dernière banque à m’avoir accueilli en tant qu’ex-jeune-cadre-prometteur, je vivais en suspens dans un état libre de contraintes matérielles. J’avais rejoint l’étudiant indépendant que j’eusse voulu être en mon temps, insoucieux de réussir à ses examens et de construire son avenir puisque doté d’une rente à vie (par ma dernière banque et notre régime de protection sociale). Mon immaturité se déployait sans entrave dans ce vide, et l’agrémentait de fantasmes naïfs, que les garçons de ma génération avaient depuis longtemps remisés. Et comme la chance et le sport voulaient que j’eusse conservé une silhouette dégingandé qui pouvait faire illusion, je recueillais enfin les bénéfices de n’avoir jamais su mûrir. Ouvrier de la onzième heure de la légèreté, j’espérais que le Dieu du libertinage serait aussi généreux que le maître de la vigne, et que je recevrais mes vingt talents de plaisirs.
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Voici les 8 dernières réactions à ce commentaire
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avez-vous bien tissé cette nuit??
la toile sur le stade et gadjo la (défaite ???)
la toile sur le stade et gadjo la (défaite ???)
viens au stade j'ai les boules pour....
nous n'en avons guère, mais je participe au jeu et je vous trouve drôle
vous avez choisi l'éc'itu'e, l'info'matique et la p'ovocation !
Comblé ?
Comblé ?
les boules




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gadjoalone
publié le 3 déc. 08